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URS LEIMGRUBER soprano & tenor saxophones : Recent recordings with Jacques Demierre, Barre Phillips, Thomas Lehn, Jean-Marc Foussat, OM group, Roger Turner, Gerry Hemingway, HP Pfammatter and solo.

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AIR URS LEIMGRUBER Duos with Gerry Hemingway, Hans Peter Pfammater, Jacques Demierre, Thomas Lehn Vol.1 Creative Works Records (CHF 59,95 + frais d’envoi).
https://www.creativeworks.ch/home/cd-shop/cw1070ccd/#cc-m-product-14750268532

Note incluse résumant la présentation de ce quadruple album sur le site du label : AIR The Space in Lucerne is the working space of saxophonist Urs Leimgruber and sometimes, on occasion, also a space for concerts and for recording. A space where the acoustics have been professionally calibrated to the finest degree, ensuring that even the smallest sound can be heard, the sound that is barely a sound anymore but is still there.

Fort heureusement, Creative Works Records, un label helvétique créé il y a bien des lustres, publie ce rare AIR Vol.1 du saxophoniste Urs Leimgruber en duo avec , respectivement, le percussionniste Gerry Hemingway, le piano préparé de Hans Peter Pfammater, l’épinette amplifiée de Jacques Demierre et le synthé analogue de Thomas Lehn dans une somme de quatre compacts. Un par partenaire, et rassemblés dans un coffret blanc 001 en carton dépliant aussi classe que le coffret 5 CD de Trevor Watts pour Fundacja Sluchaj dans un tout autre registre.
Le pianiste Jacques Demierre est un des improvisateurs les plus proches d’Urs, les deux artistes ayant travaillé très souvent ensemble et enregistré plusieurs albums avec le contrebassiste Barre Phillips, ainsi que dans un duo récent où Demierre joue de l’épinette amplifiée (It Forgets about the snow même label). Thomas Lehn figurait dans un enregistrement de ce trio augmenté en quartet à Willisau. Gerry Hemingway est aujourd’hui un résident suisse et s’adonne de plus en plus à la libre improvisation. J’ai retracé le nom de Norbert Pfammatter dans un duo avec le saxophoniste Bertrand Denzler,mais j’ignorais jusqu’à présent l’existence de Hans Peter Pfammatter comme pianiste et sa performance au piano préparé avec Urs Leimgruber m’a convaincu.
Urs Leimgruber est un improvisateur spécialiste du saxophone soprano dans les sphères de l’improvisation radicale doué d’une grande virtuosité qui s’efforce de faire du sens avec une superbe précision sans vous abreuver avec une avalanche de notes. Sa musique peut être déchirante, détaillée, ultra-sensible, extrême et parfois mélodique. Il aime à décortiquer les sonorités « alternatives », explorer les harmoniques, les infra-sons, les bruissements ou murmures tout comme se lancer subitement dans des giclées expressionnistes, des spirales désarticulées et l’expression acide du cri primal. Bien qu’il a joué intensément avec Barre Phillips et côtoyé Joëlle Léandre, Urs ne court pas après le pedigree, mais privilégie les collaborations avec des camarades avec qui il entretient des affinités profondes : Roger Turner, Jacques Demierre, Thomas Lehn ou ce pianiste allemand de Dresde méconnu, Oliver Schwerdt.
Chacun de ces duos est une belle perle et le saxophoniste donne ici le meilleur de lui – même avec la plus profonde authenticité. Si vous n’avez pas encore prêté l’oreille à un de ses disques, vous pouvez vous fier à ce coffret « AIR Vol.1 » , surtout si vous êtes déjà un inconditionnel de Steve Lacy (ses albums solos et duos improvisés), d’Evan Parker (Saxophone solos 1975) ou de Lol Coxhill. Urs Leimgruber - et Michel Doneda- c’est vraiment la quintessence du sax soprano « d’avant-garde ». J’ajouterai aussi les noms d’Harri Sjöström, de Gianni Mimmo et Gianni Gebbia.
Pour ceux qui connaissent Gerry Hemingway par l’intermédiaire des enregistrements d’Anthony Braxton, de Marylin Crispell ou avec Ray Anderson et ses propres groupes, leur duo sera une belle surprise. Tout comme Steve Lacy, Urs Leimgruber cultive le registre ultra aigu du sax soprano bien au-delà de sa tessiture normale, et il entrouve certaines clés intermédiaires pour obtenir des « fausses notes », des harmoniques sifflantes et infimes et des timbres bigarrés. Dans le premier morceau, après « avoir détonné » de merveilleuse manière il évoque brièvement Coltrane et le son de son soprano en relevant des fragments d’un de ces chevaux de bataille lorsque Gerry s’emballe pour un rythme endiablé. Plus loin c’est l’ascèse, le silence qui fait partie de sa (leur) musique. Deuxième improvisation, on plonge dans la micro-improvisation, la percussion frottée hasardeusement par les balais et le sax cherchant grognements assourdis et sonorités millimétrées au bord du silence. C’est la sculpture de l’air, l’ébauche d’un geste, des esquisses à peine visibles, des suggestions timbrales pour lesquelles il faut tendre l’oreille. Le troisième nettement plus long fait onze minutes et débute comme un fantôme introverti à la recherche du sifflement perdu, le percussionniste se faisant ultra minimaliste en faisant à peine vibrer ses cymbales alors que l’anche distille un filet de souffle hyper aigu. Oscillations des fines harmoniques du sax et des glissandi sur les cymbales frottées à l’archet. On se situe plus dans la poésie sonore ou dans une cérémonie initiatrice dans une tribu imaginaire. Les volutes naissantes apparues au mitant des discrètes harmoniques se muent alors dans des antiennes de notes mordantes répétées et de roulements décalés et accélérés de la batterie. Le souffleur fait se contorsionner sa sonorité et l’articulation sauvage – morsures du bec, quintoiements saturés – spirales en escalier entre les intervalles. Cette musique libre et spontanée s’efforce de créer un narratif, nous entraîner dans une démarche, une course à travers les bois ou une dans sur la grève endormie. Le quatrième laisse l’initiative à la batterie chercheuse, le saxophoniste jouant des clapets. Bref, à mes oreilles ce CD1 avec Hemingway respire l’improvisation instantanée avec le plaisir ludique et la recherche pointue et insouciante.
Une autre et bien différente perspective initie les échanges entre le souffleur et le pianiste Hans Peter Pfammatter dans le CD2. La lente alternance de notes touchées au clavier sur des cordes préparées d’objets et résonnantes inspire des sonorités tenues extrêmes et fines, calcinées, harmoniques pointues ou cris cornés (1- 6 :58). L’expressivité du souffle brûlant est aussi zen que déchirante (2-9:12) survolant les battements de gamelan imaginaire avec des cordes du piano préparé et des doigtés insistants sur les notes « normales ». Le pianiste crée des canevas dynamiques et flottants dans les 6 improvisations de leur duo, le saxophoniste explorant sauvagement les timbres extirpant des sons hallucinés qui échappent à l’idée de style, de démarche « logique », de gammes complexes ou d’harmonies savantes issues de la musique sérielle ou polymodale et nous plongent dans le vécu émotionnel de l’expérience sonore et ludique subjective. Un amour de la pâte sonore (3 – 9 :10) et la folie de tous les étirements physiquement possibles par la grâce d’une technique fort peu commune. Avec un tel abattage aussi profond - sincère que dévastateur, on évitera toute comparaison (Evan Parker, Steve Lacy, John Butcher, Lol Coxhill). Comme Michel Doneda, à qui Urs fait penser, ce saxophoniste est unique en son genre. Il transperce la réalité et la perception des songes, cornant, sifflant, tournoyant et zig-zaguant comme un enfant émerveillé qui joue. Avec ce CD 2, Urs Leimgruber atteint une sphère supérieure avec un collègue inspiré et inspirant qui rend ici hommage à l’idée du piano préparé. Au fur et à mesure qu’on s’avance dans la série d’improvisations, les choses deviennent plus recherchées, osées, minutieuses, curieuses, aussi étrangement prosaïques que lumineusement poétiques (4- 8 :02) ou simplement sinueuses et à la pointe du registre extrême de l’instrument (5 – 12 :26) comme si on s’égarait dans le superflu ou l’essentiel, la valeur des actions s’évanouissant sous la poussée du réel. Lorsqu’on aborde les CD 3, avec l’épinette amplifiée « dérisoire » de Jacques Demierre (accordée vaguement sur une note identique avec quelques commas de différence), et CD4, avec le synthé analogue de Thomas Lehn, on rentre dans l’univers des duos relationnels au long cours du saxophoniste. Ces deux musiciens vont ici encore plus loin, à mon avis dans l’outrance et la sophistication par rapport à ce que j’avais écouté d’eux-mêmes en compagnie de Leimgruber. Le CD4 nous fait entendre un surprenant Thomas Lehn comme je ne l’avais pas entendu avant complètement imbriqué dans les sortilèges du souffleur. Avec Jacques Demierre en duo (CD3) on assiste à l’évolution de leur récent et mémorable double CD «It Forget about the Snow ». Les duos enregistrés dans ces quatre albums n’ont aucune prétention comme manifeste, démonstration virtuose ou gamberge « free », mais seulement des intentions inédites qui défie nos sens et nos habitudes et une sincérité totale.
Je vais m’arrêter là juste pour dire que si il y a une pléthore de saxophonistes improvisateurs de haute qualité à différents niveaux d’accomplissement dans « l’acte d’improviser », on peut très bien se caler ce quadruple CD « AIR» du début à la fin pour découvrir jusqu’où un saxophoniste expérimenté et ses acolytes sont capables d’aller : au fin fond des choses – Out of This World (dixit Coltrane). Vraiment unique et essentiel.

Urs Leimgruber Jacques Demierre Barre Phillips The Last Concert in Europe jazzwerkstatt 227
https://www.jazzwerkstatt.eu/menu

Le dernier concert du contrebassiste Barre Phillips avec ses fidèles comparses Jacques Demierre, pianiste et Urs Leimgruber, saxophoniste, ici au soprano uniquement, avant de s’en retourner vers sa chère Côte Ouest, en Oregon plus exactement. C’est là, qu'il y a plus de 60 ans en Californie, Barre fit la rencontre d’Ornette Coleman. On le vit ensuite jouer avec Archie Shepp à Jazz at Newport dont une partie du concert figure sur l’album conjoint de Coltrane et Shepp « New Thing At Newport » (Impulse). En Europe, il fit route avec The Trio (John Surman, Stu Martin) et enregistra le premier album de contrebasse improvisée en solo : Journal Violone a/k/a Basse Barre et Music for Two Basses avec son ami Dave Holland (ECM). Après bien des aventures, on le redécouvrit en 2001 avec deux improvisateurs intransigeants et engagés : les suisses Urs Leimgruber et Jacques Demierre. Dès leur premier CD pour Victo, Wing Vane (2001), les trois musiciens réussirent à exprimer l’essentiel de l’improvisation radicale en se concentrant sur le son (les sons) dans de très nombreuses dimensions, l’exploration spontanée basée sur une écoute mutuelle intense et une recherche individuelle liée aux possibilités soniques et texturales de leurs instruments : saxophone, contrebasse et piano, et un sens bienvenu de l’épure, de la résonance dans l’espace et le silence. Ce qui aurait pu être une rencontre d’un jour pour un festival est devenu le groupe fétiche des trois musiciens : LDP. Urs Leimgruber, par exemple, privilégie quelques collaborations intenses et des camarades avec qui il partage la vocation d’improviser totalement pour aller au fond des choses sans s’éparpiller et se répandre dans tous les gigs possibles. Car cette musique a un sens profond et il faut toujours être à la hauteur d’(auto) exigences, de la sincérité qui lui est indispensable et l’approfondissement d’un univers musical partagé qu’on étire par une pratique improvisée ouverte à l’infini. Et c’est bien l’infini et l’indéfini qui caractérise le parcours de cet unique trio au travers de leurs concerts et leurs sept albums : Wing Wane (Victo), LDP – Cologne (Psi), Albeit, Montreuil, 1↦3⊨2:⇔1, Willisau (avec Thomas Lehn) et maintenant ce double CD Last Concert in Europe, enregistré en décembre 2021 at the Space Lucerne. Il y a la contrebasse de Barre Phillips qui gronde, souffle, siffle, enfle, délivrant harmoniques, vibrations boisées dans l’âme du gros violon, pizzicatos volatiles, basses obstinées, coup d’archets délicats. Ceux – ci font naître des harmoniques extrêmes dans l’aigu : est-ce l’anche du sax soprano de Leimgruber traçant une ligne dans le silence ? Ses allusions au canard qui cancane et nasillonne, ses frictions désarticulées de la colonne d’air ont un air de liberté véritable. Des chocs retenus font vibrer les cordes du piano de Demierre dans la caisse de résonance ou des vagues de notes viennent saturer l’espace. Il y a dans cette musique kaléïdoscopique une infinité de fréquences sonores, de textures, de sons en suspension, de vibrations tactiles, de souffles hagards, de notes lumineuses témoignages d’une multiplicité complexe et indescriptible d’intentions ludiques, musicales, communicatives. Nous pouvons rarement appréhender au sein d’une musique collective, autant de richesses, de contenus et de sens que dans ce rare trio. Jacques Demierre n’a pas un "style" : sa démarche est multiple et sa pratique improvisée démultiplie les occurrences sonores que ce soit au clavier limpide ou en fourageant dans les cordages et la table d’harmonie transformés en une résonnante machine à sons utopiste. De même, Urs Leimgruber n’appartient à aucune « tendance » même si d’un moment à l’autre on l’entend « extrême » ou « radical » ou encore explosif, voire expressionniste, un instant en surchauffant l’embouchure pour ensuite transfigurer l’évidence d’une mélodie avec ce son lunaire caractéristique. Et surviennent des moments de silence naturel(s) que le public présent écoute comme si ces instants quasi-silencieux était une partie intégrante et indispensable à leurs improvisations, en évitant d'applaudir. Donc, adieu ! Il nous restera ce magnifique document d’un concert ultime.

Urs Leimgruber Jacques Demierre it forgets about the snow 2CD Creative Works CW 1067/1068.
https://www.creativeworks.ch/home/cd-shop/cw1067ccd/#cc-m-product-14612847032

Cela fait quelques décennies que le label helvétique Creative Works suit son petit bonhomme de chemin. Livré dans une pochette blanche 001 immaculée indiquant it forgets about the snow et les noms des deux artistes fréquemment associés, le saxophoniste Urs Leimgruber et le pianiste Jacques Demierre. « On connaît » vous allez dire, car le duo a enregistré bon nombre d’albums pointus en trio avec le légendaire contrebassiste Barre Phillips pour les labels Victo, Psi et Jazzwerkstatt. Ils ont développé un travail intense focalisé dans l’improvisation radicale et une recherche minutieuse de timbres rares avec une connivence créative unique. Mais après avoir écouté plusieurs albums les impliquants tous deux, nombre d'entre vous seront persuadés d'être en territoire connu et reconnu. Détrompez-vous ! Dans ce nouvel album dont un cd est enregistré en studio et le deuxième en live, Jacques Demierre a remisé son grand piano dont il aime à faire vibrer la carcasse en explorant les cordes, les mécanismes et les surfaces. On l’entend ici avec une épinette amplifiée alors qu’Urs Leimgruber se concentre sur la seule colonne d’air du sax soprano. L’instrument antique de Demierre est une épinette construite en 1771 à Marseille, une réplique d’un modèle conçu par le facteur Bas. L'épinette à la française ou clavecin traverso, dite en aile d'oiseau (de l'allemand) : la construction est en général franco-flamande, le plan – plus ramassé – est proche de celui d'un clavecin, mais avec un seul rang de cordes. Cette épinette possède un seul chevalet vibrant comme le clavecin et le clavecythérium. Le sillet est fixé sur un sommier rectiligne, planté de chevilles, placé au-dessus du clavier. Le clavier possède des leviers de touche de longueurs égales comme le clavecin. (cfr Wikipedia). Demierre s’en sert comme d’un objet sonore, l’amplification lui servant à renforcer la sonorité métallique comme s’il ferraillait avec l’instrument, mettant en valeur de multiples modes de vibrations, de touchers, résonances, grincements, tremblements, éclats de cordes tendues avec je ne sais quel accessoire. On pourrait croire qu’il s’agit d’un appareil électronique, d’une cithare désaccordée, ou d’une sculpture sonore très élaborée comme celles de Hans Karsten Raecke. Les deux improvisateurs établissent un curieux dialogue en sélectionnant des sons épars, isolés le saxophoniste allant au-delà de la pratique « normale » - conventionnelle de l’instrument en insérant systématiquement des zones de silence. Il ne s’agit pas d’un « phrasé » volubile ou d’un souffle continu, mais plutôt des échantillons de sons curieux, pinçages d’hanche, pépiements, susurrations, aspirations, imitations d’oiseaux, harmoniques extrêmes, vocalisations dans l’anche, sifflements… et respiration circulaire dans les aigus, séquences courtes séparés par des silences marqués et les interventions de son comparse. Bruitiste, si on veut. Cette dimension bruitiste est partagée par Demierre quand il fait craquer les cordes tendues frottant le fil de cuivre qui entoure les plus graves. Le CD2 – Live enregistré à Offene Ohren / Munich contient des passages plus animés alors que le CD1 – Studio est plus expérimental ou proche de la dissection du corps improvisé. Que Leimgruber évoque quelques volatiles n’a rien d’étonnant, les cordes de l’épinette sont traditionnellement pincées par les calamus (tiges) de plumes d’oiseaux.
Dans la constante évolution de l’improvisation libre, une approche délibérément originale qui se distingue à la fois du pointillisme post SME, des avatars post AMM, du réductionnisme / lower case, etc.. Voici le langage des signes sonores poétiques en écho successif, défiant les logiques et les notions de flux et de continuité. Pas de narratif, mais des sons à perte de vue.

OM Urs Leimgruber Christy Doran Bobby Burri Fredy Studer OM50 Intakt CD388
https://omintakt.bandcamp.com/album/50

Pochette colorée de Niklaus Troxlerà l’occasion du disque anniversaire de 50 années du quartet OM, une valeur sûre des circuits du jazz contemporain des années septante. Composé du saxophoniste Urs Leimgruber, du guitariste électrique Christy Doran, du bassiste Bobby Burri et du batteur Fredy Studer. Mais voici que celui-ci vient à peine de nous quitter que leur intrigant compact « OM50 » est imprimé. Fredy, un élève du grand Pierre Favre, fut, tout comme son professeur, appointé par la société Paiste comme « démonstrateur » consultant, c’est dire le professionnalisme du bonhomme, percussionniste demandé par de nombreux improvisateurs internationaux. La musique d’OM se situait adroitement entre l’Art-Rock, le free-jazz, le mouvement d’improvisation européenne et le contemporain. Ils ont publié quelques albums novateurs à l’époque sur le label ECM – Japo qui était alors le sub-label improvisation – avant-garde « free » de la légendaire marque Munichoise (Globe Unity, Dollar Brand, AMM, Elton Dean, Trevor Watts, Ken Hyder etc…). Il faut citer au moins deux albums : Kirikuki et Rautionaha. Urs Leimgruber est devenu au fil du temps un des saxophonistes improvisateurs « radicaux » parmi les plus remarquables, spécialiste du soprano tout comme Evan Parker, Lol Coxhill et Michel Doneda. Le consensus collectif d’OM fait coïncider les quatre personnalités musicales du groupe dans un ensemble aussi volontairement hybride, presque disparate que profondément cohérent. Le guitariste Christy Doran triture sa guitare électrique comme une source sonore électro-acoustique avec un savant dosage d’effets en extrapolant leurs combinaisons. Il apporte au groupe une tendance « free-rock » acide en cisaillant la matière sonore hérissée par une amplification saturée. Le batteur peut se complaire dans des scansions primales (P-M-F/B signé Burri ou Interholz bei Kiew de Studer) ou effriter et exacerber la tension au sein du groupe en variant et décalant les frappes en rafales, secousses et roulements saccadés. Le deuxième morceau, Fast line écrit par Doran, s’ouvre et se ferme par un thème en spirale brisée, interjections concentrées et enlacées, mues par un tempo hyper-rapide projetant le groupe dans des interactions virulentes et minutieuses. Le bassiste peut très bien pulser avec puissance ou se joindre à la folie ambiante. A Frog Jumps signé Leimgruber, témoigne de son goût pour une recherche sonore épurée dans laquelle chaque musicien insère tour à tour les timbres les plus rares dans une suite très lisible de cadavres exquis, où prédomine la résonance du silence. Cet exercice plus austère est suivi par Diamonds on White Fields de Doran, au rythme binaire légèrement funky tout droit sorti du Silent Way de Miles, avec la contrebasse obstinée de Burri sur une ou deux notes et le jeu pointu aux harmoniques très fines de Leimgruber. Mais cet exercice est mis en suspens par de nouvelles recherches sonores , jusqu’à ce que le jeu des pulsations reprennent ses droits dans une manière rock psyché sonique avec les bidouillages sonores de la paire Burri-Doran et les extrêmes déchirants du sax soprano. Bref, chaque morceau a son identité et son parcours spécifiques, ses colorations et ses intentions de départ aussi précises qu’ouvertes sur l’aventure avec un grand A , ou mieux, un superbe OM. Parmi les groupes cultes du rock d’avant-garde et expérimental, OM tient une place à part aux côtés d’Henry Cow, Univers Zéro, Etron Fou, This Heat, Can, etc… même s’il est connoté plus (free) jazz que « rock ». Bien qu’OM a eu en fait une existence intermittente depuis les années 70, le groupe n’a pas perdu son identité musicale et sa créativité où les univers improvisés radicaux, les sonorités électriques et la pulsation rock s’interpénètrent et s’enrichissent . Et donc si mon évocation rencontre un écho chez vous, leur dernier album pourra très bien vous convaincre.

Urs Leimgruber – Jacques Demierre – Barre Phillips – Thomas Lehn Willisau jazzwerkstatt 191
https://jacquesdemierre.com/willisau/

Rien qu'à voir leurs noms se détacher sur le fond blanc de la pochette, je suis déjà pantois. Avec le Stellari Quartet anglo-suisse-brésilien de Wachsmann, Hug, Mattos, Edwards dont je viens de chroniquer le formidable Vulcan, le trio LDP d’Urs Leimgruber (saxophone soprano et ténor), Jacques Demierre (piano) et Barre Phillips (contrebasse) est devenu sans nul doute un (rare) groupe-phare essentiel de la scène improvisée en Europe. C'est leur sixième album et le premier en version augmentée. Dans leur concert du Jazz Festival de Wilisau le 2 septembre 2017, Thomas Lehn est venu se joindre à eux avec son antique synthé analogue qu’on lui a dérobé récemment. Espérons que TL puisse le récupérer, car son art nous est trop indispensable. En quartet, le mystère reste tout entier. On retrouve la même musique exigeante, chercheuse, intégrant bruissements, frictions, chocs et résonances dans le langage musical, l’aspect ludique exacerbé combiné à une forme d’ascèse qui vise à jouer l’essentiel. Le même geste peut se répéter, tel un ostinato, avec une infinité de micro-variations dans l’attaque et la pulsation qu’elles finissent par raconter une histoire. Lehn a la capacité à s’introduire dans ce maillage du temps et du son en l’enrichissant et en lui rendant toute son évidence. Monkeybusiness 1 (36 :48) Monkeybusiness 2 (21 :11) évoluent au travers de formes changeantes, éphémères, échappées dans un futur aboli par l’écoute. Comme l’explique Jacques Demierre dans le texte de pochette, leur travail essentiel consiste à écouter. Leu jeu c’est l’écoute et l’invention sonore. Le flux, un fétu, une harmonique filée, le chant granuleux de l’archet sur la corde, le crépitement aigu multiforme de l’électronique, ses splashes impromptus, notes égrénées au clavier, bruissement de la colonne d’air, gémissement de l’anche, souffles en creux, col legno fantôme, vibrations des cordes du piano, grincements conjoints, musique du rien et du tout… Un magnifique moment de poésie, de sons partagés, un lâcher prise virtuose, une mise en commun phénoménale qui rassemblent, synthétisent et différencient l’ensemble des démarches de l’improvisation libre contemporaine dans une multiplicité de formes. La cohérence de ceux qui s’égarent et cherchent l’utopie.

Urs Leimgruber & Jean-Marc Foussat Face to Face FOU Records FOU FRCD 32-33
https://www.fourecords.com/FR-CD32-33.htm

Un double album fascinant fait de deux enregistrements de concerts au WIM à Zürich et à la Kunsthalle de Lucerne. Urs Leimgruber est ce saxophoniste (soprano et ténor) chercheur de sonorités et de timbres qui s’envole dans l’atmosphère de manière à la fois lucide, introvertie, candide, soudainement expressionniste, pure… Un des collègues les plus inventifs des Evan Parker, John Butcher et Michel Doneda qui n’a rien à envier à personne et surtout qui nous donne à entendre la surprise, au-delà des facilités, des bienséances, de la virtuosité affichée. En premier lieu l’exigence, la foi et cette passion de l’instant musical nourrie de milliers d’heures patientes à explorer les recoins du bocal, du tuyau et du bec du saxophone droit, son espace intérieur, sa vibration, la pression des lèvres, le chant de l’anche en toute liberté . Mais quelles que soient les qualités intrinsèques et le potentiel d’un improvisateur, ils trouvent leur aboutissement final quand en compagnie d’un partenaire « compatible » ou imprévisible, ils se mettent en quête d’absolu. Là où la musique de l’un enrichit celle de l’autre et où les deux emmêlés nous dévoilent des perspectives insoupçonnées, un enrichissement fait de générosité sans limite, d’inconscient exposé, de temps dilaté dont l’auditeur captivé en oublie instantanément la durée. Où les sons se métamorphosent face à ceux du partenaire. Jean Marc Foussat manipule le synthé AKS depuis des décennies et s’est construit un langage multiforme, reptilien, fait de vents, rafales, nuages lourds, courants imprévisibles, boucles folles. Ces dernières années, il s’est frotté à de nombreux partenaires en cherchant la bonne formule, l’équipe gagnante qui puisse contribuer à l’épanouissement de ses recherches. Tout récemment, j’avais applaudi à un magnifique album en trio avec Matthias Müller et Nicolas Souchal. Aujourd’hui, j’ai le fort sentiment d’avoir en main la pépite qui va rester pour très longtemps dans les rayonnages favoris de ma cédéthèque, ceux qu‘on garde à portée de la main pour en goûter les détails et en jauger la quintessence, leur évidence à chaque instant où on les écoute. Face to Face est aussi le titre du duo Trevor Watts (au soprano) et John Stevens, duo historique enregistré en 1973 pour le label Emanem. Flottant et virevoltant autour et par-dessus les traitements sonores de J-M.F. , Urs joue les registres intimes, inconnus, découverts dans l’instant de son saxophone, passant du murmure du souffle caressant la colonne d’air à l’harmonique saturée et inouïe la plus mordante dans un même jet. Il projette l’indicible, le désespoir qui se révèle devenir subitement une conviction, striant l’espace du cri de ses tripes bouleversées ou des tremblements inquiets de la colonne d’air. Stridences organiques d’où la mélodie est évacuée laissant la place aux sons sauvages retournés à l’état de nature. Une musique non domestiquée où l’artiste laisse parler et vivre les sons rendus possibles par le truchement mécanique des clés, tampons, orifices, tuyau, bec, anche, ligature et l’action du corps et de l’âme. Le souffleur se laisse diriger par ce qu’il s’entend jouer et est happé par l’instantané de son action comme un corps céleste dans un trou noir, projetant pigmentations et zébrures sur l’écran de la vie tout court. Toute notre perception de ce phénomène est sublimée par les écoulements, éruptions, flots produits par l’autre, celui qui manipule son synthé, en se retenant, comprimant le flux, étirant les halos, lui imprimant retards et soubresauts. C’est sans nul doute un document unique en son genre qui, haut niveau de l’électronique, rejoint les meilleurs moments enregistrés de Thomas Lehn, Richard Scott, Furt, Lawrence Casserley… et évoque le mieux du monde l’esprit des légendaires Saxophones Solos d’Evan Parker en 1975 (a/k/a Aerobatics Incus 19). Camarades fascinés par les aventures improvisées de saxophonistes tels qu’Evan Parker, John Butcher, Michel Doneda, Roscoe Mitchell, Joe McPhee, Stefan Keune, Mats Gustafsson etc…, il est inconcevable qu’on puisse éviter l’écoute d’un tel improvisateur. Ses albums solos (#12 , Chicagos Solos / Leo) sont une excellente introduction et ceux avec Barre Phillips et Jacques Demierre la meilleure carte de visite pour son travail en groupe (Wing Wane/ Victo, LDP – Cologne / Psi, Albeit, Montreuil et Willisau/ Jazzwerkstatt). Et comment ne pas citer Twine en duo avec Evan Parker (Clean Feed) Dans ce duo gravé pour le label de Jean-Marc Foussat, Urs Leimgruber trace des lignes magiques, des glyphes incandescents, la poésie pure, le langage du coeur. La composante des deux univers est sublime. À écouter sans détour !

The Spirit Guide : Urs Leimgruber & Roger Turner Creative Works.

https://www.creativeworks.ch/home/cd-shop/cw1062ccd-mi/
On tient là une belle série de duos tout frais enregistrés en 2015 ou 2016 et impliquant un instrument à vent ou deux. Des enregistrements bien souvent assez courts car ils expriment un moment dans un lieu (ou plusieurs) lieux face à un public, découvreur, enthousiaste ou attentif. Et de ces conditions de jeu naissent une ambiance, une couleur sonore, une concentration, une manifestation vitale. Maître - achat
Urs Leimgruber et Roger Turner (sax soprano et ténor & percussions) ont trouvé un terrain d’entente et de complicités dans le détail, les signes, les timbres. Urs tirebouchonne la colonne d’air vocalisant les harmoniques avec une précision rare. On songe au travail de Lol Coxhill durant les dernières années sans qu’il n’y ait bien sûr le moindre emprunt à son aîné. Roger cherche, invente, tintinnabule et puis s’oublie évoquant la stature et la manière d’un Milford Graves transcendé… Urs triture le ténor comme personne … Les deux duettistes travaillent en duo depuis plusieurs années et on ne peut trouver comparses aussi bien assortis. Après autant d’années recherches dans le son et l’improvisation totale, Roger Turner & Urs Leimgruber gravent dans l’espace et le temps l’équivalent d’une fresque tracée pour l’éternité au fond d’un abîme il y a des millénaires par des humains illuminés et vierges de l’aliénation qui oppresse nos semblables. The Spirit Guide a été enregistré au Havre lors d’un beau concert de la très méritante organisation Pied Nu. Magique !

Broken Silence Urs Leimgruber saxophone solos Creative Works CW 1063 https://www.creativeworks.ch/home/cd-shop/cw1063ccd/#cc-m-product-13746256432

Depuis deux décennies au moins le saxophoniste suisse Urs Leimgruber travaille dans les extrêmes de son instrument le saxophone soprano faisant de lui un des champions de cette démarche radicale « solitaire » initiée par Evan Parker il y a plus quarante ans (Saxophone Solos Incus 19 - 1975). Le nombre considérable de saxophonistes « free » occupant l’avant de la scène et une bonne partie du panorama des musiques improvisées rend l’exercice particulier et acrobatique (il faut le dire !) d’ Urs Leimgruber avec les harmoniques et multiphoniques véritablement bienvenu. La providence, en fait. Mis à part deux pièces où le musicien utilise de manière poétique, la technique du re-recording (overdubs – multitracking), c’est une véritable jonglerie avec des sons à la limite du souffle, une harmonique volatile, qui surviennent au départ accidentellement en faussant un doigté, en forçant le souffle, en serrant la hanche avec la mâchoire, en vocalisant dans le bec etc… Cette démarche est accomplie sans que la méthode apparaisse, comme si les sons venaient au jour de manière fortuite, aléatoire. Ce qui n'est pas vraiment le cas évidemment. Dans les années 70's, outre Evan Parker, il y avait Larry Stabbins qui s'adonnait à cette pratique à la fois raffinée et ensauvagée (Fire Without Bricks avec le percussionniste Roy Ashbury Bead 5). Urs prend soin de maintenir le flottement de ses sons fantômes et contorsionnés en relâchant la pression de la colonne d’air comme par magie. Parfois, il crée l’illusion que le timbre est celui d’une flûte provenant d’un continent inconnu avec une gamme extraterrestre. Contrairement à la tendance énergétique de la plupart des souffleurs free, Urs Leimgruber privilégie les infrasons et la nature intime et secrète du sax soprano, instrument fétiche (et revêche) des magiciens disparus, Steve Lacy et Lol Coxhill et de ses incontournables camarades Evan Parker et Michel Doneda. Au fil des décennies, des musiciens comme Leimgruber et Doneda ont porté cette recherche dans une dimension organique, aussi sophistiquée que profondément naturelle, qui défie l'entendement. Leur degré de contrôle et de maîtrise du son est assez phénoménal. J'ai bien écouté d'autres souffleurs de l'extrême au sax soprano qui forcent l'admiration, mais il est clair pour moi que les nuances et les pliages de la matière sonore auxquelles parvient Urs Leimgruber sont uniques et difficilement accessibles, même à des pointures qui ont atteint un niveau impressionnant. En outre, cette sculpture des sons est une pratique en soi, le fruit de décennies de travail intensif. Cette capacité technique qui,chez lui, ne revêt pas l'apparence de la très grande virtuosité (enchaînements ébouriffants de paquets de notes en triple détaché) est le vecteur de la poésie pure. Par rapport à ses précédents albums (# 13 -Leo records), il va encore plus loin, en délaissant totalement la débauche d'énergie démonstrative, pour une investigation sincère et épurée. On l'entendrait bien jouer avec les chanteurs Pygmées Baka ou les Dogon du Cameroun. En tous points exemplaire !

The Pancake Tour Urs Leimgruber / Roger Turner duo Relative Pitch RPR 1007
https://relativepitchrecords.bandcamp.com/album/the-pancake-tour

Une telle association, du suisse Urs Leimgruber et du britannique Roger Turner, provient sans doute des nombreux concerts et festivals où ces deux artistes ont été amenés à se rencontrer et à s'apprécier mutuellement. Saxophoniste ténor et soprano (UL) et percussionniste (RT), ils ont en commun un attachement au jazz qu'ils ont pratiqué très jeunes et, surtout, une auto-exigence musicale et esthétique, une forme de lucidité. Et cette exigence apparaît dès les premières secondes de "The Pancake" (12:12). Pas question d'étaler la technique virtuose et de débouler avec un paquet de notes et de sons. Une recherche méticuleuse des timbres, des souffles et des frappes, une mise en évidence de signes, de gestes, des corrélations de l'intention, plutôt. Quelques morceaux assez brefs (Art Jungle, At the Church Path et The Walking Bar) et un long déambulatoire improbable, Middle Walk (22:51) permettent soit de concentrer au plus court ou soit d'étirer les échanges à l'infini en racontant une histoire. Urs Leimgruber et Roger Turner évitent les lieux communs et pour qui connaît le saxophoniste via ces albums solos (# 13/ Leo), ce sera une belle surprise. Ses prises de bec dans la marge extrême de l'instrument expriment l'essentiel, des sons bruts, torturés ou même d'un lyrisme rare qui fait la part belle à l'invention pure. Le percussionniste refuse les connexions évidentes et en fait confiance qu'à son imagination subversive. L'exemple parfait de musiciens accomplis et reconnus, qui cherchent encore à se renouveler, à se mettre en question tout en faisant du sens. Dois – je décrire tant et plus toutes les métamorphoses ludiques d’instants en échappement libre. Si ces deux-là passent non loin de chez vous, n'hésitez pas un instant, allez les écouter et vous serez surpris, même par rapport à ce Pancake dont ils réinventent jour après jour la recette.

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